Ulysse

NARRATEURS

Voici l'histoire d'Ulysse, fils de Laerte,

De qui le monde entier connaît la renommée.

Sa patrie était l'île rocheuse d'Ithaque, nourrice d'hommes vigoureux.

Et vraiment Ulysse avait besoin de toute sa force ô preux.

Car voici le récit de son retour de Troie

et de toutes les épreuves que Zeus lui imposa,

 

 

On le voit ici, ainsi que ses douze forts vaisseaux,

sûrement, ils amarreront bien tôt

Déjà neuf ans de guerre

Femmes et enfants seront certainement fiers

Mais, malheur, les voilà ravageant la cité de Cicoré, allié de Troie

Et Zeus l’assembleur de Nuée

qui les regarde attaquer

s’en trouve bien choqué

 

LE CHŒUR

Ulysse venu de loin pour venger ta patrie

Mais pourquoi n’es-tu pas aussitôt repartie

Après que tu aies soumis la cité de Troie

Il fallait brave Ulysse t’en retourner chez toi

Il ne te reste hélas qu’à implorer les cieux

Pour apaiser un peu la colère des Dieux

 

ZEUS

La colère m’habite

Je sens la furie monter en moi

Là, là et là. la Nuée tombe, foudroie, déploie tes dégâts.

Qu’ils rejoignent tous Hadès, 

Ceux qui ne peuvent respecter la loi des Dieux.

 

 

ATHÉNA

Mais père, d’où provient votre terrible colère ?

Mon coeur est déchiré de voir ce brave Odysseus,

le malheureux, qui souffre depuis longtemps loin des siens! Et qui combattit si fièrement pour sa patrie! Tu n’es point touché par ce glorieux!

 

ZEUS

Si, mais avec ce qu’il fit, lui et ses compagnons, il mérite bien quelques épreuves ce garçon!

 

NARRATEUR (on ajoutera des voix et des effets)

Alors, la nuit tomba du ciel. Les navires donnaient de la bande et les voiles étaient déchirés par le vent.

Quand l'ouragan s'apaisa, ils n'étaient plus bien loin d'Ithaque. Mais au moment où ils doublaient le cap Malée, les flots, le courant et le vent entraînèrent les navires au-delà de Cythère.

Quand ils atteignirent de nouveau la terre, après avoir été, neuf jours durant,

emportés par les vents funestes, ils étaient dans le pays des mangeurs de lotus. Ceux-ci leur témoignèrent assez de bienveillance. Ils offrirent aux compagnons d'Ulysse un peu de leur nourriture.

 

Mais, hélas, quiconque goûtait le fruit à la douceur de miel ne songeait plus à son retour. Il voulait rester là, parmi les mangeurs de lotus, à se gorger de ces fruits savoureux.

 

 COMPAGNON D’ULYSSE  (1)

Que nous sommes bien ici!.

COMPAGNON D’ULYSSE  2

J’y resterais toute ma vie

COMPAGNON D’ULYSSE  3

 Soleil et chaleur, jamais plus de peur!

COMPAGNON D’ULYSSE  4

Plus jamais de durs labeurs

 

ULYSSE

C’est bien vrai mes chers amis. Mais en moi me vient un sentiment, un certain chatouillement, un nom…Pénélope! Ho Pénélope!!!

 

NARRATEUR

Ulysse dut les ramener de force, tout en larmes, à leurs vaisseaux. Et avant

qu'aucun autre n’ait pu goûter au lotus, il les fit asseoir à leurs bancs de rameurs, et les navires fendirent la mer écumante.

 

Poursuivant leur route, le coeur toujours affligé, Ulysse et ses compagnons

arrivèrent au pays bien étrange que voici

 

 

ZEUS

Je crois bien que nous nous amuserons, les voici qui visiteront ton fils Posséîdon. Allez regardons!

 

POSSÉIDON

Ils ne savent point que d’ici personne ne s’échappe ! Une trappe, une gueule, ma foi, ils en resteront pantois !

 

ATHÉNA

Et le pauvre Silène qui les accueillera !

Lui qui du au haut de la poupe de son navire tenait en main le gouvernail, dirigieait

le navire; et ses fils, assis au banc des rameurs et blanchissant

d'écume la mer azurée, lorsqu'un vent d'orient, soufflant avec violence contre le

navire, les jetèrent ici sur les rochers de l'Etna, devenus serviteur d'un cyclope  hideux te voilà à jamais un homme malheureux.

 

LE CHŒUR

Le maître que nous servons s'appelle Polyphème. Nous conduisons les brebis sur les coteaux les plus éloignés; et lui reste ici, chargé du soin de remplir les abreuvoirs, de balayer cet antre, de servir à ce Cyclope impie ses festins abominables.

 

SILÈNE

 En ce moment, il me faut remplir ma tâche, et nettoyer la caverne avec ce râteau de fer, afin que le Cyclope mon maître, lorsqu'il rentrera, la trouve propre, et prête à le recevoir, lui et ses brebis

 

SILÈNE.

Taisez-vous, mes enfants, et rassemblez les troupeaux sous la grotte creusée dans le roc.

 

Un enfant

 

Mais, mon père, d'où vient cet empressement ?

 

 

SILÈNE.

Je vois sur le rivage un vaisseau grec et des rameurs, avec un chef qui

les précède. Ils s'avancent vers cet antre ; sur leurs têtes ils portent des vases

vides ; sans doute ils manquent de vivres, et ils sont aussi chargés d'urnes à

puiser de l'eau. Malheureux étrangers, qui sont-ils? Ils ignorent quel est notre

maître Polyphème, puisqu'ils abordent sur ce rivage inhospitalier, et qu'ils

viennent tomber misérablement sous la dent du Cyclope anthropophage. Mais

restez tranquilles, afin que nous puissions apprendre d'où ils viennent

 

ULYSSE.

 Étrangers, pourriez-vous nous dire s'il est quelque fleuve en ces lieux

où nous trouverons une eau courante pour étancher notre soif, et si quelqu'un

veut vendre des vivres à des nautoniers dans la détresse? Mais quoi? on dirait

que nous avons abordé sur une terre consacrée à Bacchus. Salut !

 

UN ENFANT

Salut, ô étranger ! Dis-nous qui tu es, et quelle est ta patrie.

 

ULYSSE.

Ulysse d'Ithaque, et roi des Céphalléniens.

 

SILÈNE.

D'où viens-tu pour aborder en Sicile?

 

ULYSSE.

D'Ilion, de la laborieuse guerre de Troie.

 

UN ENFANT

Comment? Tu ne savais donc pas le chemin de ta patrie?

 

ULYSSE.

Les vents et les tempêtes m'ont jeté malgré moi sur ce rivage.

 

SILÈNE

Ah ! ah ! tu as éprouvé le même sort que nous.

 

ULYSSE.

Est-ce donc aussi malgré toi que tu es venu en ces lieux ?

 

SILÈNE.

Oui ; je poursuivais les pirates qui ont enlevé Bacchus.

 

ULYSSE.

Quel est ce pays, et qui sont ceux qui l'habitent?

 

SILÈNE.

Ce sont ici les hauteurs de I'Etna, le lieu le plus élevé de la Sicile.

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Où sont les murs et les remparts de la ville ?

 

SILÈNE.

Il n'y en a point : ô étranger, ces monts ne sont pas peuplés par des

hommes.

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Par qui sont-ils donc habités? Par des bêtes sauvages?

 

SILÈNE.

Des Cyclopes en habitent les cavernes : ils n'ont point de maisons.

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

À qui obéissent-ils? Ou bien le gouvernement est-il populaire?

 

SILÈNE.

Ce sont des bergers nomades : aucun n'obéit en rien à aucun autre.

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Cultivent-ils l'épi de Cérès? Sinon, de quoi vivent- ils?

 

SILÈNE.

De lait, de fromages, et de la chair des moutons.

 

ULYSSE.

Possèdent-ils la liqueur de Bacchus, le jus de la vigne?

 

SILÈNE.

Non ; ils habitent une terre ingrate.

 

ULYSSE.

Sont-ils amis des étrangers, et respectent-ils les droits sacrés de

l'hospitalité ?

 

SILÈNE.

Pour eux, le mets le plus agréable est la chair des étrangers.

 

ULYSSE.

Que dis-tu? Ils aiment à manger de la chair humaine?

 

SILÈNE.

Personne n'arrive ici qu'il ne soit bientôt égorgé.

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Mais où est le Cyclope lui-même? Est-il dans cette caverne?

 

SILÈNE.

Il est absent; il poursuit, les bêtes sauvages sur l'Etna.

 

ULYSSE

Sais-tu ce qu'il faut que tu fasses pour que nous nous échappions de cette

terre?

 

SILÈNE.

Je ne sais pas. Ulysse; mais il n'est rien que je ne fasse pour toi.

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Nous mourrons de faim, nos vivre vient à manquer, ils ne nous restent que l’eau des raisins,

 

ULYSSE.

Vends-nous les vivres dont nous avons besoin.

 

SILÈNE.

Je ne puis t'offrir, comme je te l'ai déjà dit, que la chair de ces animaux.

 

ULYSSE.

C'est très bon, et suffisant pour apaiser la faim.

 

SILÈNE.

J'ai aussi du fromage fait de lait caillé, et du lait de vache. Mais, dis-moi, combien me donneras-tu d'or en échange?

 

ULYSSE.

Ce n'est pas de l'or, mais la liqueur de Bacchus, que je t'offre.

 

SILÈNE.

O doux propos! ... La liqueur dont nous sommes privés depuis si

longtemps ?

 

SILÈNE.

Allons, verse à grand bruit, afin qu'après avoir bu j'en conserve le

souvenir.

 

ULYSSE.

Tiens. Et maintenant, donne-nous un peu de cette nourriture.

 

SILÈNE.

Je vais le faire, sans me soucier de mon maître; car pour boire un

seul coup, je donnerais de bon coeur tous les troupeaux des Cyclopes ; et je

consens à être précipitée dans la mer du haut du rocher de Leucade, une fois que

l'ivresse aura épanoui mon visage. Il faut être fou pour ne pas aimer à boire : en

buvant, on se livre aux jouissances de l'amour , un plaisir de la danse, et à

l'oubli des maux ; et je ne caresserais pas ce délicieux breuvage, en me moquant

de la bêtise du Cyclope et de son oeil unique! ( Il entre avec dans la grotte pour

chercher le fromage et les moutons. )

 

SILÈNE.

Ô roi Ulysse, voici les richesses des bergers, des agneaux bêlants, et

une abondante provision de fromages de lait caillé; prenez, éloignez-vous au

plus vite de cette caverne, et donnez-moi encore en échange la douce liqueur de

Bacchus.

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Dieux ! voici le Cyclope qui revient. Que faire! À vieillard, nous sommes

perdus. Où fuir?

 

SILÈNE.

Dans ce rocher, où vous pourrez vous tenir cachés.

 

ULYSSE

Tu nous donnes un conseil étrange, de nous jeter dans ses filets.

 

SILÈNE

Étrange! nullement. Il y a plusieurs retraites secrètes dans ce rocher.

 

ULYSSE ET SES AMIS SE RETIRENT

 

LE CYCLOPE (sans apercevoir les Grecs retirés au fond du théâtre, et

s'adressant au choeur qui danse).

Tenez-vous tranquilles, rangez-vous. Qu'est-ce donc ? Quel est ce jeu? Pourquoi ces bacchanales? Vous n'avez ici ni Bacchus, ni les grelots d'airain, ni le bruit des tambours. Comment vont les petits récemment nés dans ma caverne? Sont-ils pendants à la mamelle de leurs mères, ou se jouent-ils à

leurs côtés? Les corbeilles de joncs sont-elles remplies de fromages? Que dites_vous? que répondez-vous ? Tout à l'heure ce bâton va vous faire pleurer. Levez les yeux, ne les baissez pas vers la terre.

 

LE CHOEUR.

Tiens, nous les levons jusqu'à ZEUS lui-même ; je vois les astres et Orion.

 

LE CYCLOPE.

Mon dîner est-il prêt?

 

LE CHOEUR.

Oui; pourvu que ton estomac le soit aussi.

 

LE CYCLOPE.

Et les coupes sont-elles pleines de lait?

 

LE CHOEUR.

Si pleines, qu'il ne tient qu'à toi d'en boire un tonneau entier.

 

LE CYCLOPE.

Est-ce du lait de brebis, ou de vache, ou mêlé?

 

LE CHOEUR.

Comme tu le voudras : seulement, ne m'avale pas moi-même.

 

LE CYCLOPE.

Je m'en garderai bien ; car, en sautillant dans mon ventre, vous me

feriez périr par vos gambades.

 

(Apercevant tout à coup les Grecs et Silène, qui feint de les repousser.}

Oh ! oh ! quelle est cette troupe que je vois près de I'étable? Ce sont des pirates ou des voleurs venus sur ce rivage. Et vraiment, je vois des agneaux de ma caverne, attachés avec des liens d'osier, des vases

remplis de fromage, et la tête chauve de ce vieillard tout enflée des coups qu'il a

reçus.

 

SILÈNE.

Ah ! malheureux que je suis ! j'ai la fièvre à force d'avoir été battu.

 

LE CYCLOPE.

Par qui? Vieillard, qui t'a ainsi frappé à la tète?

 

SILÈNE.

Ce sont ces gens-là, Cyclope, parce que je ne voulais pas leur laisser

prendre ton bien.

 

LE CYCLOPE.

Ils ne savaient donc pas que je suis dieu, et issu des dieux?

 

SILÈNE.

Je le leur ai dit ; mais ils n'emportaient pas moins tes trésors, ils

mangeaient ton fromage malgré moi, ils emmenaient tes agneaux.

 

LE CYCLOPE.

Vraiment? Va donc au plus vite aiguiser mes couteaux, mes épées,

mon sabre tranchant; entasse des fagots, et mets-y le feu ; car je veux les

égorger sur-le- champ et m'en rassasier: je mangerai les uns rôtis sur les

charbons, les autres cuits à la marmite et bouillis. Aussi bien suis-je las de ma

nourriture sauvage ; j'ai assez mangé de lions et de cerfs, et voilà longtemps que

je suis privé de chair humaine.

 

ULYSSE.

 

Cyclone, écoute-moi à ton tour. C'est le besoin que nous avions d'acheter des vivres qui nous a fait sortir de notre vaisseau et venir vers ta caverne. Ce vieillard nous a vendu des agneaux pour une coupe de vin, et il nous les a livrés après avoir vidé la coupe, le tout de son plein gré; il n'y a pas eu la moindre violence. Mais à présent il ne dit pas un mot de vrai, parce qu'il a été surpris à vendre en cachette ce qui t'appartenait.

 

SILÈNE

Non, par Posséidon ton père, ô Cyclope, par le grand Triton, par Nérée, par Calypso et par les filles de Nérée par les flots sacrés et toute la race des poissons, je le jure, ô mon charmant petit Cyclope, mon cher petit maître, je

n'ai pas vendu tes biens à ces étrangers. Si je mens, puissent périr misérablement ces méchants enfants, que je chéris plus que tout au monde !

 

Les Choeurs

Que tes imprécations retombent sur toi. Je t'ai vu moi- même vendre nos

vivres à ces étrangers. Si je ne dis pas vrai, que mon père périsse : mais ne fais

pas de mal à ces étrangers.

 

LE CYCLOPE.

( Aux choeurs ) Vous mentez. (à l’équipage) Voici donc les dons

d'hospitalité que je vous offre, afin d'être irréprochable devant vous. Un bon feu, et cette marmite de la maison de mes pères, qui te fera bouillir à merveille et le

vêtira chaudement. Allons, entrez là-dedans; allez à l'autel du dieu de cette

caverne, et préparez-moi un bon festin.

 

LES NARRATEURS

 

Là-dessus, il étendit les bras et saisit deux des hommes. Il leur brisa la tête contre terre, puis découpa leurs membres et en fit son souper. Quand le Cyclope eut achevé son repas de chair humaine et bu, par-dessus, du lait

pur, il s'étendit pour dormir au milieu de ses brebis. Lorsque parut l'Aurore, le géant alluma son feu et se mit à traire ses brebis. Puis il saisit encore deux hommes pour son déjeuner. Quand il eut mangé, il retira la pierre, fit sortir ses brebis, et replaça la pierre sans aucune difficulté. Puis il emmena ses grasses brebis vers la montagne. Le soir, le Cyclope revint. Il fit rentrer tout son troupeau, béliers et brebis. Il referma la porte avec la grosse pierre et il se mit à traire.

Puis il prit encore pour son souper deux compagnons d'Ulysse.

 

ULYSSE

Bois ce vin, après la chair humaine que tu viens de manger.

 

(Il boit et bois encore)

 

LE CYCLOPE.

Pan ! pan ! pan ! ... Je suis tout plein de vin ; cet excellent festin m'a

tout réjoui ; mon estomac, comme un vaisseau chargé, est rempli jusqu'aux

bords. Ce beau gazon m'invite à célébrer la fête du printemps avec mes frères

les Cyclopes. Allons, mon cher, passe-moi l'outre encore ; donne-la-moi.

 

Et dis-moi ton nom, comment t'appelle-t-on, afin que je te fsse un présent généreux?

 

ULYSSE.

Je m’appelle PERSONNE et mes parents, ma famille et mes amis m’appelle Personne. Mais de quel bienfait aurai-je à te rendre grâce ?

 

LE CYCLOPE.

Je te mangerai le dernier de tous tes compagnons.

 

ULYSSE.

C'est une rare faveur que tu m’accordes là, Cyclope.

 

LE CYCLOPE, à Silène.

Holà, que fais-tu là? Tu bois mon vin en cachette.

 

SILÈNE.

Non

 

LE CYCLOPE

La fatigue me gagne bonne nuit

 

ULYSSE.

Courage, enfants généreux ; le Cyclope est rentré dans sa caverne ; bientôt vaincu par le sommeil. Le tison fume dans l'antre. Il ne reste plus rien à faire, qu'à brûler l'oeil du Cyclope.

 

LE CHOEUR, seul.

Les tenailles de la douleur vont saisir le cou du barbare qui mange

ses hôtes : bientôt le feu va consumer l'oeil qui l'éclaire. Déjà le tison s'embrase,

déjà la branche vigoureuse est cachée sous la cendre.  Viens, en troublant sa raison, préparer notre vengeance ; arrache l'oeil du front du Cyclope, et que ta

liqueur lui soit fatale. Enfin, revoir Bacchus couronné de lierre, quitter le désert du Cyclope. Un tel bonheur frissonne en nous !

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Au nom des dieux, faites silence, tenez-vous tranquilles, et n'ouvrez pas la bouche. Je vous défends de respirer, de cligner des yeux, de cracher, de peur d'éveiller le monstre avant que le feu ne soit venu à bout de

l'oeil du Cyclope.

 

(Ulysse va vers le cyclope et lui brule l’oeil. Le cyclope se réveille)

 

Les autres Cyclopes, entendant son cri, accoururent de tous côtés.

« Qu'y a-t-il ? lui crièrent-ils du dehors. Est-ce toi que l'on tue par ruse ou par

force? »

CYCLOPE

Qui me tue, amis ? Mais Personne !

 

LES AUTRES CYCLOPES

Si  personne ne te tue, lui c'est sans doute quelque mal que t'envoient les dieux. Prie donc Poséidon, notre père.

 

Le cyclope se rendort!

 

Ulysse

Maintenant que le cyclope dort et qu’il n’y voit plus, passons à la deuxième étape de mon plan.

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Mais la caverne est bloqué par cette grosse pierre, que faire !

 

ULYSSE

Avant que le cyclope ne se réveille, tuons et prenons la peau de ces brebis. Demain, il les fera passer un par un, mais aveugle qu’il est, il ne verra point la supercherie

 

(LE RESTE À TRAVAILLER AVEC LES ÉLÈVES)

 

 

POSSÉÏDON

Ô Dieux, quel affront, mon pauvre fils, cher Cyclope ! Les immortels ont décidé du sort d’Ulysse pendant mon absence. Voici qu’il approche du pays des Phéaciens, où son destin est de rompre la longue chaîne de misères qui l’accablent. Mais je pense bien qu’il va en subir encore. Et voilà mes nuées, et voilà mon orage petit impétueux ! L’heure de ma vengeance est venue!

 

LE NARRATEUR

 

Et ils continuèrent leur route, heureux d'avoir échappé à la mort, à la tempête encore, aux vents, mais pleurant leurs chers compagnons. Et les voilà d'ailleurs, débarquant sur une nouvelle île ! Épuisés, ils tirèrent le bateau sur la grève et s’allongèrent, épuisés. Bientôt ils s’endormirent. Au matin

 

ULYSSE

Venez, puisque d’une façon ou d’une autre nous avons survécu, avant de repartir autant chercher s’il y a de l’eau et de quoi se ravitailler !

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

À quoi bon

 

ULYSSE

Si nous perdons espoir, nous ne rentrerons jamais ! Allez, un effort, qui sait ce qui se cache dans ce lieu !

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Nous irons visiter les alentours, bon ami, et toi, reste ici pour surveiller le bateau.

 

ULYSSE

Soyez prudent et rendez-vous au soleil du midi !

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Compagnon, quelque femme, tissant une grande toile chante d’une belle voix dans cette demeure, et tout le mur en résonne. Est-ce une Déesse ou une mortelle ? Vite, appelons !

Hé ! là-bas ! Il y a des marins épuisés qui frappent à votre porte !

 

CIRCÉ

Je m’appelle Circé, voulez-vous entrer, invités, vous l’êtes ! Vous avez l’air affamé !

 

(ils mangent et se transforment)

 

CIRCÉ

Venez venez, fouillez dans la boue de vos groins goulus !

 

( mais l’ami fidèle est en écart et ne mange pas, il cour affolé vers Ulysse)

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Malheurs sur nous, une femme ignoble, pourtant si belle a transformé nos amis en porcs hideux !

 

ULYSSE

Conduis-moi au palais que je leur vienne en aide

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Je n’ose point y retourner ! Nous sommes sans emprise sur le destin de ces hommes et les griffes de cette bonne.

 

ULYSSE

Je ne peux m’y résoudre, J’irai donc seul !

 

HERMES À L' OLYMPE

Ho que voilà, l’homme qui délivra Troie, J’y vais de ce pas et le sauverai du trépas

 

(Il va à la rencontre d’Ulysse)

 

Malheureux où vas-tu seul, entre ces collines, ignorant ces lieux ? Tes compagnons sont enfermés dans la demeure de Circé, et transformés en porcs, ils sont retenus dans des étables bien closes. Viens-tu pour les délivrer? Tu n’en reviendras pas toi-même, je te le dis, et tu resteras là où ils sont déjà. Mais je te délivrerai de ce péril et je te sauverai. Prends ce remède puissant, emporte-le et rends-toi chez Circé, car il éloignera de toi le jour fatal. Je vais te dire tous les maléfiques desseins de Circé. Elle te préparera un breuvage et elle y mettra du poison, mais elle ne pourra t’envoûter, car le puissant remède que je vais te donner l’empêchera.

 

(Il mange la fleur et s’en va à la rencontre de Circé)

 

Y a-t-il quelqu’un ?

 

CIRCÉ

Entre, et régale-toi de ce breuvage mielleux, il adoucira le malheur et tu te sentiras mieux !

 

ULYSSE

Merci

 

(Et il boit, et Circé se prépare à le fouetter aussi)

 

CIRCÉ

À l'étable, toi aussi., mais OH !!!

 

(Ulysse tire son épée et s'élança sur elle, comme pour la tuer. Circé poussa

un cri et se jeta à ses genoux,)

 

CIRCÉ

Qui es-tu parmi les hommes ? où est ta ville? Qui sont tes parents ? Je suis stupéfaite qu’ayant bu ce poison tu ne sois pas transformé. Jamais aucun homme, pour l’avoir seulement goûté, n’y a résisté. Ton esprit est indomptable, ou tu es Ulysse, l’homme aux mille ruses qui devait arriver ici, à son retour de Troie, sur son rapide et sombre vaisseau, ainsi qu’Hermes à la baguette d’or me l’avait toujours prédit. Mais remets ton épée dans son fourreau et soyons amis?

 

ULYSSE

Comment peux-tu me demander mon amitié quand tu as changé mes compagnons en porcs ? Jamais je ne serai ton ami, tant que tu n'auras

pas juré de ne me faire aucun mal.

 

(Alors Circé prononça un serment solennel.)

 

(Elle change aussi les cochons, ils mangent et festoient )

 

ULYSSE

Pouvez-vous nous indiquer la route pour regagner Ithaque ?

 

CIRCÉ

Tu es le seul homme que j’aie jamais rencontré, qui soit mon égal et je t’admire pour cela. Même si tu ne me l’avais pas posé cette question, je t’aurai indiqué le chemin

 

Mais voici écoute

 

Tu rencontreras d’abord les Sirènes qui charment tous les hommes qui les approchent. Mais il est perdu l’imprudent qui écoute leur chant, et jamais les siens n’auront la joie de le revoir en sa demeure. Les sirènes charment par leur chant harmonieux. Navigue rapidement et sois prudent !

 

ULYSSE

 

En route et toi, cher ami, prend cette cire et mets-en dans tes oreilles. Tu m’attacheras à ce mat afin que seule la résistance de ces liens suffise à leurs chants.

 

SIRÈNE

Viens, grand Ulysse,

Héros au faîte de ta gloire,

Arrête, immobilise ton vaisseau

Et écoute notre histoire douce comme le miel.

Tourne cette noire proue vers le rivage ;

Goûte aux doux délices

De jours et de nuits remplis de magie

Qui ne sont destinés qu'aux héros.

Nous connaissons ton noble passé,

Nous connaissons ce que réserve l'avenir.

Arrête-toi un moment avec nous, et repars ensuite,

Un homme content, un homme plus sage.

 

ULYSSE

Détache-moi

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Désolé, capitaine, je ne fais que suivre vos ordres, et de toute façon je ne puis vous entendre. Il n’y a que vos gestes qui me montrent votre détresse.

 

(plus tard)

 

LE COMPAGNON D’ULYSSE

Vous êtes la seule personne en vie qui n’ait jamais entendu le chant des sirènes !

 

HERMES

Mais le danger n’a point de fin. Deux choix s’offrent à toi Ullysse. Là se dressent deux hautes roches contre lesquelles retentissent les grands flots d’Amphitrite aux yeux bleus. Les Dieux bienheureux les nomment les Errantes.

 

ZEUS

Jamais les oiseaux ne volent au-delà, pas même mes timides colombes qui portent mon ambroise.

 

POSSÉÏDON

Souvent l’un de ces oiseaux tombe sur la roche, mais Zeus en crée un autre afin que le nombre en soit complet.

 

ZEUS

Jamais aucun navire, ayant approché ces roches, n’en a échappé.

 

POSSÉÏDON

Les flots de la mer et les tempêtes pleines d’éclairs emportent les bancs de rameurs et les corps des hommes.

 

HERMES

Et là, l’autre route, passe par deux écueils. Le sommet pointu, un perpétuel brouillard. Au centre, il y a une caverne noire. C’est par là qu’Ulysse ira de son navire creux.

 

POSSÉÏDON

JE le vois, il rencontre mon monstre Charyble, qui englouti tout sur son passage, ha ha ha !!!

 

ZEUS

HÉ voilà Skylla, six longs cous, six gueules aux dents acérées, une mort assurée.

 

ATHÉNA

Mais vous deux, c’est sans compter sur mon regard bienfaisant !

 

LE NARRATEUR

Et Athéna , la déesse aux yeux pers, renforce la pauvre flotte de combattre ces puissants ennemies. Les compagnons d’infortune atteignent l’île du Soleil. Ulysse se rappelle alors les mots de Circé lui disant de ne jamais toucher les troupeaux de cette île, appartenant aux Dieux. Pourtant,  pourtant, ignares et gourmands, les matelots profitent du sommeil d’Ulysse pour capturer les vaches et en font un festin. Le Soleil, indigné, demande à Zeus de le venger. Réjouissante idée pour le porteur de Nuée. Il tonnera, tempêtera si vigoureusement que tous périront, sauf un. Mais qui, Ulysse bien certainement.

 

UlYSSE

Où suis-je

 

ATHENA

Il faut que tu sois fou, ou bien loin de chez toi pour ne pas reconnaître

cet endroit. Il n'est pas très grand, il est vrai, et son sol est trop inégal pour les chevaux et les voitures. Mais on y cultive le blé, et des raisins qui font du bon vin, et il y a de bonnes pluies et des pâturages. La réputation de cette île d'Ithaque s'est répandue, dit-on, jusqu'à Troie. »

 

ULYSSE

Maintenant que faire, je veux voir Pénélope et mon fils Télémaque!

 

 

ATHÉNA

Il te faudra, ô royal fils de Laerte, réfléchir au moyen de régler leur compte à ces audacieux qui règnent en maîtres dans ton palais et dévorent tes richesses, tout en essayant de persuader ta femme d'épouser l'un d'entre eux. Elle attend ton retour, les tenant à distance avec de fausses promesses, mais elle te désire ardemment dans son coeur.

 

Je t’aiderai, tu verras, commence par aller voir le porcher, qui t’a toujours aimé, et fais le parler. Moi je t’envoie ton fils, Télémarque!

 

 

LE PORCHER

Mange, étranger, nous ne pouvons t'offrir que des cochons de lait. Les gros porcs vont aux prétendants de ma maîtresse, qui ne craignent ni dieu ni mortel. Je ne peux m'empêcher de penser que les prétendants ont appris qu'Ulysse, mon maître, qui s'en est allé à la guerre de Troie, est mort quelque part. Et cela explique peut-être pourquoi ils ne font pas la cour à ma maîtresse comme ils devraient le faire, en s'en allant en cas de refus. Au lieu de cela ils continuent à rester ici, gaspillant la richesse de mon maître, tuant ses bestiaux et buvant son bon vin rouge. »

 

ULYSSE

Qui était ce riche maître ? Je l’ai peut-être vu quelque part ?

 

LE PORCHER

Non, vieillard, dit le porcher. Inutile de venir raconter ici que tu as vu Ulysse,

pour en convaincre sa femme et son fils. Ils entendent dire cela depuis des années, par tous les vagabonds qui viennent à Ithaque. »

 

ULYSSE

Ami, je vais faire plus que dire que je l'ai vu. Je te jure qu'il sera de

retour avant la fin de ce mois et tirera vengeance de tout ce qui s'est passé dans sa maison. Mais écoutez, j’entends quelqu’un arriver.

 

(Télémarque entre, il serre le cocher et s’assoit pour manger)

 

TÉLÉMAQUE

D'où vient ton hôte ? Quel navire l'a amené ? Sûrement, il n'est pas venu à pied à Ithaque. »

 

LE PORCHER

Mon enfant, il dit qu'il est exilé de Crète. Je le remets entre tes

mains.

 

Eumée, ceci me gêne. Comment puis-je emmener cet

étranger au palais, pour le faire insulter par ces grossiers prétendants ? Il est difficile à un seul homme de résister à une foule.

 

ULYSSE

« Tu me permettras de dire un mot, répondit Ulysse. Sûrement tu n'as pas

l'intention de laisser continuer ce scandale dans ta propre maison, toi qui es de noble naissance. Ah ! si je pouvais retrouver ma jeunesse ! Si j'étais le fils d'Ulysse, ou Ulysse lui-même revenu de ses voyages, je ferais regretter

amèrement à ces prétendants toutes les actions qu'ils commettent.

 

TÉLÉMAQUE

Eh bien ! l'issue est entre les mains des dieux.

 

(Eumée sort)

 

ATHÉNA (en venant voir Ulysse)

Confie ton secret à Télémaque. Vous serez deux alors à tramer la perte des

prétendants.

 

Athéna le toucha de sa baguette d'or, et son manteau et sa tunique resplendirent comme neufs.

 

ULYSSE

Je ne suis pas un dieu, mais ton propre père, pour qui tu as tant souffert. Athéna nous a réunis pour que nous réfléchissions à la meilleure manière de régler leur compte à nos ennemis.

 

TÉLÉMAQUE

Tout seuls! J'ai souvent entendu parler, père, de ton habilité de guerrier. Mais c'est trop. Ils ne sont pas seulement dix ou vingt, ces prétendants, mais plus de cent, et des jeunes gens robustes. Il vaudrait mieux trouver quelqu'un d'autre pour nous aider si possible.

 

ULYSSE

Nous avons Athéna et le puissant Zeus. Ils seront à nos côtés dans la

bataille, et je crois que cela suffira. Mais pour le moment il te faut rentrer à la maison et te mêler aux prétendants comme de coutume. Je m'y ferai conduire plus tard par Eumée, sous mon costume de mendiant. Mais que personne, même Pénélope, ne sache qui je suis !

 

LE NARRATEUR

Le lendemain, Ulysse arrive par la petite porte de dans son palais. Personne ne l’a encore reconnu…

 

ULYSSE

Ma nourrice bien aimée, regarde c’est moi, Ulysse. (il montre son pied)

 

LA NOURRICE

La cicatrice de ton pied, je la reconnais… Ö Ulysse, c’est donc toi! Mais cache-toi bien, car tu sais que ta demeure est occupée par tes ennemis. Et ta femme, Pénélope, à bout de résistance, car ce soir elle va leur offrir un grand banquet au cours duquel elle sera contrainte de se choisir un nouveau mari… Mais maintenant que tu es revenu…

 

ULYSSE

Je sais qu’elle n’a pas pu faire autrement. Mais j’ai mon plan et pour commencer, nourrice, je vais te demander d’aller discrètement cacher toutes les armes qui ne traînent pas ici. Je veux surprendre les prétendants désarmés.

 

LA NOURRICE

Je comprends… et j’ordonnerai aux servants que, lorsque le banquet aura commencé, elles aillent fermer les portes sur les convives de sorte qu’aucun ne puisse s’échapper. Car tu voudras les tuer tous, n'est-ce pas?

 

PÉNÉLOPE (entrant0

Quel est ce mendiant?

 

LA NOURRICE

Mais tu ne vois pas que c’est…

 

ULYSSE

Chut, garde le silence, il ne faut pas qu’elle sache encore

 

PÉNÉLOPE

Étranger, je vais d'abord te demander qui tu es et d'où tu viens.

 

ULYSSE

Ah! ne me demandez pas cela, je vous en prie. Car la pensée de mon pays

et de ma famille me remplit d'un tel chagrin que je verserais des larmes toute la nuit.

 

PÉNÉLOPE

Je comprends, car ma douleur à moi-même est grande. Des hommes venus de toutes les îles d'alentour veulent me prendre pour femme, et, jusqu'à ce que je me décide à en accepter un, ils dévorent ma maison. Cependant, je ne peux

me résoudre à un mariage détesté, car Ulysse est toujours vivant dans mon coeur.

 

Je dois te dire encore une chose, si Ulysse ne revient pas, j'ai l'intention bientôt de faire faire un concours aux prétendants, et d'épouser le vainqueur. Tu dois savoir qu'Ulysse plaçait douze haches en ligne droite comme les étais de la quille d'un vaisseau. Puis il se mettait à quelque distance et tirait une flèche qui les traversait toutes. Je demanderai aux prétendants de faire de même, en se servant des mêmes haches, et en tendant l'arc d'Ulysse. Je partirai avec le vainqueur, et quitterai pour toujours ce palais, où je suis arrivée comme une heureuse épouse.

 

ULYSSE

Noble dame, ne retardez pas cette épreuve d'un seul jour. Et je vous promets qu'avant que l'arc ne soit bandé, Ulysse reviendra.

 

PÉNÉLOPE

Veille à ce qu’il soit bien traité. Et pendant qu’il mange, va me chercher l’arc d’ULYSSE, celui qu’il était le seul à pouvoir bander ; tu verras la surprise que, lors du festin, je réserve aux prétendants…

 

LA NOURRICE

J’y vais maîtresse

 

PÉNÉLOPE

Eh bien, princes prétendants, vous voulez m’épouser. Toi, toi et toi et tous les autres. Très bien. Mais pouvez-vous bander cet arc? C’était l’arc d’Ulysse et maintenant je crois qu’il ne reviendra plus jamais, je veux prendre un mari qui soit au moins aussi fort que lui. Je veux un costaud, qui veut essayer?

 

ULYSSE (sur le côté de la scène avec la nourrice)

Nourrice, je ne veux pas encore me montrer… Raconte-moi ce qui se passe.

 

LA NOURRICE

Le premier prétendant se saisit de l’arc… Mais il est trop lourd, il renonce avant même d’avoir essayé.

 

ULYSSE

Trop lourd! C’est une mauviette…

 

LA NOURRICE

Pénélope le regarde avec mépris. Un second maintenant… Mais il ne peut rien faire, l’arc est trop puissant. Un troisième, un quatrième… Pénélope a fait disposer l’un derrière l’autre des fers de hache et les prétendants doivent envoyer leurs flèches de sorte qu’elles passent à travers tous les trous des fers…

 

ULYSSE

Où en sont-ils?

 

LA NOURRICE

Voici maintenant qu’un grand nombre ont essayé et que se présente le plus redoutable d’entre eux, Antinous… C’est un colosse, il s’acharne, il bande ses muscles d’acier, le sang lui monte à la tête, quel spectacle impressionnant…

 

ULYSSE

Et alors?

 

LA NOURRICE

Ah, tous l’encouragent ! Mais lui non plus ne peut pas bander l’arc. Ils ont tous des mines défaites. Oh, que tu étais fort, mon Ulysse !

 

ULYSSE

Je le suis encore !

 

ANTINOUS (parlant à Pénélope)

Tiens, reine, ton arc est certainement ensorcelé !

 

ULYSSE

Ô reine Pénélope, me permets-tu d’essayer à mon tour ?

 

ANTINOUS

Toi pauvre mendiant… Attrape plutôt cet os que je te jette, si tu en es capable. Je ne comprends pas pourquoi la dame de ces lieux t’a autorisé à assister à ce banquet.

 

PÉNÉLOPE

Tu n’es pas le maître ici : laisse-moi juge de mes actions. Vieil homme, veux-tu essayer, si tu ne crains pas le ridicule ?

 

ULYSSE

Je ne crains ni rien, ni personne (et il lance sa flèche)

 

TOUS LES PRÉTENDANTS

AAHHH

 

ULYSSE

Ne vous étonnez pas. En réalité, je suis Ulysse, revenu de ses longs voyages. (Il se découvre) Et avec l’aide d’Athéna aux yeux  pers (Athéna apparaît), je vais vous exterminer, voleur que vous êtes !

 

PÉNÉLOPE

Est-ce possible, est-ce bien toi mon Ulysse ? Mais oui, c’est bien moi, chère femme, et je te dirai tout à l’heure un de  nos secrets qui te convaincra définitivement. Mais en attendant, faisons justice.

 

LA NOURRICE

Je vois qu’il avait eu bien raison de faire enlever les armes et de fermer les portes : ils ne peuvent ni sortir, ni se défendre !

 

ATHÉNA

À toi de jouer, Ulysse, le temps n’est plus à la parole, mais aux actes.